Un temps de Pochon
janvier 12th, 2012 § Laisser un commentaire
Parfois, quand tu es jeune et que tu écoutes Bob Marley l’été, sur la plage avec tes copains qui jouent de la guitare autour d’un feu de bois sur le sable de Lacanau, non ça ne m’est jamais arrivée mais on pourrait imaginer d’autres trucs comme ça, bref, une fois rentrée chez tes parents, allongée sur le lit de tes 15 ans, à la rentrée de septembre en première L, tu réécoutes Bob Marley en sentant le Monoï, et donc là paf, ça te rappelle le beau David (oui je suis sortie avec un beau David à Lacanau il y a, non pas 15 ans, mais 20 ans, amis de la vieillesse bonjour).
Cependant, donc, tu écoutes France Inter, là par exemple, et tu écoutes un reportage et au loin on peut entendre des poules qui cocoricottent.
Bien, d’un coup, tu es dans la maison de tes grands parents, t’as 5 ans etc.
OK.
Bon, pareil avec les odeurs, pas la peine d’expliquer.
Sauf que j’ai une nouvelle vie depuis que j’ai des enfants. Et encore plus une nouvelle vie depuis que j’en ai 2 et que je prends le RER (je ne m’en suis toujours pas remise), et là, à l’instand, en écoutant un temps de Pochon, et plus précisément le générique, PAF, je me retrouve en 2009, le soir à 18h, quand j’allais chercher ma fille à la crèche, je mettais 10-15 minutes à pied, c’était à côté de Oberkampf, du Bataclan, un peu plus sexy que maintenant mais maintenant c’est beaucoup plus campagnard, mais arrêtons là avec ces apartés.
J’écoutais France Inter sur mon téléphone, écouteurs dans les oreilles. Je traversais le boulevard Richard Lenoir, voyais défiler les saisons au grès des feuilles et surtout des poteaux du marché (j’avais déjà écrit à ce propos) car les poteaux du marché du Boulevars Richard Lenoir, ils sont une histoire à eux seuls, je voyais aussi défiler les saisons au grès des tournages de films qui s’y déroulaient sur ce même boulevard, etc etc. Je parle maintenant de cette époque au passé. Je pensais déjà, à l’époque, au moment où je parlerai de ce moment au passé. J’y pensais déjà, on était en 2008, puis 2009 et 2010 et puis 2011. Et voilà. On est le futur qui parle du passé.
ça me paraissait impensable, ma fille vient de naître, elle vient à peine d’entrer à la crèche, jamais elle n’aura 3 ans, ni 4 ans, jamais je n’aurai 35 ans et jamais je n’aurai une cuisine avec un four, jamais je ne sortirai plus tous les soirs, jamais je bref.
Alors ce matin, en écoutant France Inter que je n’avais pas écouté depuis Septembre car je crois que j’ai accouché à cette époque et que bon tout ça, on peut pas et accoucher et écouter France Inter, c’est bien connu. Et qu’est ce que je découvre ? Quoi ? Le Fou du Roi a disparu ? Quoi ?
Richard Lornac au piano mais sans le Fou. Du ROI.
Et c’est quoi cette histoire ? Je vais à la cuisine, me servir une 4è tasse de café, mon fils est chez la nounou, ma fille a l’école, et quoi ? Le générique d’un temps de Pochon, il est 11h du matin ? Et quoi ?
Je me retrouve sur le boulevard Richard Lenoir, le pas pressé car il est 18h, je suis déjà en retard, c’est le début de l’après midi pour la moi d’avant, les écouteurs sur les oreilles avec le tonnerre qui tonne et moi qui, irrémédiablement retire l’oreillette de l’oreille pour vérifier que ce tonnerre ne tonne pas en vrai dehors mais en faux, dans mon écouteur, je suis arrivée près de la crèche, la tête dans mes histoires, je croise les parents des autres enfants, bonjour bonsoir, non je ne veux pas enlever mon écouteur, j’ouvre la porte de la crèche, je reprends mon paleteau de mère au foyer et quoi ?
C’était la première fois que non seulement un générique d’émission de radio me rappelait des trucs, hormis le générique de Récré A2, que ces trucs rappelés m’ont émus, et pourquoi ils m’ont émus ? Car ma fille ne va plus à la crèche, car elle a déjà grandi, car je ne suis plus à Bastille, car le Boulevard Richard Lenoir me manque, parfois. C’était la première fois que je pensais au passé de mon enfant, car maintenant elle en a un, et c’était la première fois que je m’en suis émue.
Eh ben on n’est pas sortis.
* Camille “ilo veyou”
